-bESS- : quand la musique devient une manière d’habiter le temps
Le groupe a construit un univers sonore attentif au monde, empreint de calme, de sincérité et d’une délicatesse rare. Parler de -bESS-, c’est parler du temps, de la mémoire et de la musique comme refuge.
INDIE ALTERNATIVOFRANCOPHONEROCK INDEPENDIENTE
Carlos Carpentier et Photo par: Corinne Moronta
1/31/20265 min temps de lecture
Il existe des projets musicaux qui ne se mesurent ni aux chiffres ni aux tendances, mais à la trace qu’ils laissent dans la vie de celles et ceux qui les écoutent. -bESS- fait partie de cette catégorie. Au fil des années, leur musique a accompagné des silences, des voyages, des pertes et des célébrations, créant un lien émotionnel qui dépasse les langues et les frontières. Héritier du pop rock britannique et porté par une écriture profondément humaine, le groupe a construit un univers sonore attentif au monde, empreint de calme, de sincérité et d’une délicatesse rare. Parler de -bESS-, c’est parler du temps, de la mémoire et de la musique comme refuge.
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1.-Après plus de dix ans de carrière, des centaines de concerts et plusieurs albums, comment votre rapport à la musique a-t-il évolué : est-ce toujours une urgence vitale, ou est-ce devenu un espace de réflexion, de transmission et de recul ?
C’est un équilibre qui s’est affiné avec le temps. Au début, il y avait cette urgence de la scène, ce besoin de 'faire ses armes' qui nous a poussé à enchaîner plus de 300 dates avant de se poser en studio. Aujourd'hui, la musique reste une nécessité vitale, mais elle est devenue un espace d’observation plus vaste.
Si notre premier album était un 'hymne à la vie', le deuxième, Human, est né de l'observation d'un monde beau et laid à la fois, le 3ème album, une reflexion sur le temps qui passe et nos origines. Avec le recul, nous ne cherchons plus seulement à faire du bruit, mais à sculpter des mélodies envoûtantes qui laissent une trace et qui accompagnent les gens dans leurs moments tristes ou joyeux.
Je ne vois pas la vie sans musique. C’est une constante, celle qui créer cet équilibre de vie. Je pense que chaque personne sur terre peut relier un moment de sa vie à une chanson, une mélodie et cela depuis la plus tendre enfance, donc si une de ces chansons peut-être une des chansons que j’ai écrites alors ce sera mon petit héritage.
2.-“A Million Stars” interroge la capacité de la musique à créer une connexion émotionnelle profonde avec l’auditeur. Aujourd’hui, comment percevez-vous votre rôle d’artiste dans un monde saturé d’images, de sons et de messages ?
Dans un monde saturé, notre rôle est peut-être de redevenir des 'allumeurs d'étoiles'. C’est tout le sens de notre nouveau titre 'A Million Stars' : cette capacité de l'artiste à peindre des étoiles dans le cœur de l'auditeur pour illuminer des paysages, des chemins de vie parfois sombre. C’est également un message pour tout le monde. Redonner confiance dans le fait qu’on est tous l’étoile de quelqu’un à notre humble niveau.
Face au flux incessant d'images et de sons, nous essayons de proposer un univers artisanal qui offre une pause, une respiration poétique. La connexion émotionnelle pure plutôt qu’une simple consommation sonore.
3.-Votre univers semble nourri par une tradition pop-rock britannique, tout en étant profondément marqué par votre propre parcours et votre environnement. Comment ces influences se transforment-elles en un langage musical personnel, sans rester au stade de la référence ?
L'influence Britpop fait partie de mes gènes ; le groupe s'appelait d'ailleurs à l'origine ‘Brit ESSence' « le parfum britannique » comme une sorte de connexion avec mes ancêtres (mon arrière grand-père était irlandais ou écossais, il a disparu sans laisser de traces, sans laisser de nom), puis en habitant en Angleterre pendant un temps j’ai été bercé par l'exigence mélodique de Thom Yorke (Radiohead) ou de Neil Hannon (The Divine Comedy). Ce sont des personnes que j’ai eu la chance de rencontrer et qui m’ont inspiré, surtout Neil avec qui j’ai eu l’immense chance de jouer.
Cependant, le langage personnel s'est forgé en laissant un temps Shakespeare tendre la main à Molière. Pour notre troisième album Metz, nous avons intégré la langue française pour raconter les maux et la beauté de ce monde ainsi que le temps qui passe avec plus de proximité. Raconter l’universel, pour se connecter davantage aux gens. C’est devenu un mélange entre l'énergie du rock britannique et l'élégance des arrangements pop à la française. C’est peut-être ce qui définit aujourd'hui notre identité.
4.-Chaque album de -bESS- peut être perçu comme le reflet d’une étape différente de votre histoire. Que révèle ce nouvel album éponyme sur votre évolution, à la fois individuelle et collective ?
Cet album est celui d'une réinvention peut-être, d’une simplification, redonner au terme pop son sens originel « populaire ». Après avoir exploré l'humanité (Human) et le temps qui passe (Metz), ce quatrième opus synthétise un peu mon parcours.
Amour, enfants, espoir dans un monde qui se durcit et s’extremise. Avec l’idée qu’il appartient déjà aux générations futures et qu’ils en feront bien ce qu’ils veulent.
5.-En regardant votre trajectoire depuis les débuts jusqu’à aujourd’hui, qu’avez-vous appris sur le temps : le temps nécessaire pour créer, pour vivre, et pour permettre à la musique de trouver pleinement son public ?
Le temps qui passe est un grand sujet de réflexion. Il passe à une vitesse folle et en même temps il faut le prendre, se poser pour créer de belles choses. J’aime beaucoup la phrase qui dit que si t’es pressé, t’es déjà mort. Il nous a fallu du temps pour réussir à partager la scène avec des icônes comme Supertramp ou les Pixies. Mais ce sont des moments fugaces, éphémères qu’on ne revivra peut-être plus jamais. Donc il faut prendre chaque instant de bonheur et en profiter un maximum au moment où ils arrivent car on ne sait évidemment pas de quoi sera fait demain.
En tout cas, créer demande de la patience, et permettre à la musique de trouver son public demande de la persévérance et malheureusement de l’argent. Je sais qu’il y a des gens quelque part qui pourrait apprécier ma musique mais pour les toucher il faut beaucoup investir. C’était un peu le rôle des maisons de disque mais aujourd’hui, je suis 100% indépendant et j’apprécie chaque étape de ce voyage musical même si un sentiment d’urgence est apparu avec les intelligences artificielles. Je vais tenter donc de croire encore à l’intelligence et à la créativité humaines le temps qu’il reste.
